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Claudio Cappuccino

Testi originali Febbraio 2000

Dépénaliser le cannabis reste une histoire belge
En France, le gouvernement refuse d'ouvrir le débat.

Par MATTHIEU ÉCOIFFIER

Le jeudi 25 janvier 2001

Comme le nuage de Tchernobyl, la fumée de cannabis semble s'arrêter aux frontières de l'Hexagone. Alors que la Belgique annonce qu'elle va dépénaliser l'usage et la détention en petite quantité du cannabis et que la Suisse s'apprête à en tolérer la production pour consommation personnelle, le gouvernement français fait la sourde oreille.
Pas question de relancer le débat sur une réforme de la loi de 1970 qui criminalise tout usage de drogue, cannabis compris. A Matignon, c'est "no comment". Et, à la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), en charge de conduire la politique du gouvernement, on minimise l'impact symbolique de cette annonce: "Les Belges ne font qu'harmoniser leur législation avec leurs pratiques. Et les nôtres ne sont pas très différentes, assure Nicole Maestracci, la présidente de la Mildt.
La circulaire Guigou de juin 1999 demande aux magistrats de ne pas incarcérer les usagers et de prévoir une orientation vers des structures sanitaires et sociales." Ce texte recommande aussi aux forces de l'ordre de se concentrer sur la répression du trafic.

Consensus

Sur le terrain, l'application de cette circulaire semble pourtant très aléatoire. 94 004 interpellations pour usage ont eu lieu en 1999. Principalement des jeunes. Tandis que le trafic constitue une proportion infime des arrestations, dénoncée mardi par l'Association française de réduction des risques (AFR) dans Libération. Face à ce constat, pour la première fois depuis 1997, le front des intervenants sur la toxicomanie repart en guerre contre le statu quo actuel, defendu par la Mildt. "Les fumeurs de 45 ans qui font pousser du cannabis sur leur balcon ne sont pas les cibles essentielles de la police, reconnaît Nicole Maestracci, et les jeunes ne sont pas, le plus souvent, arrêtés parce qu'ils sont en train de consommer, mais parce qu'ils ont des produits sur eux, notamment après un contrôle d'identité." L'explosion des interpellations serait donc à replacer dans le contexte de tension entre jeunes et policiers.
Focaliser le débat sur le cannabis ne manque pas de chausse-trappes. Reste que la volonté du gouvernement de ne pas l'ouvrir est réelle. Et qu'il y a un consensus politique pour maintenir les interdits. "Nous menons une réflexion pour faire évoluer la législation, définir des réglementations qui régulent au lieu d'interdire. Et qui ne concernent pas uniquement le cannabis mais les nouvelles molécules bien plus dangereuses", précise Nicole Maestracci, qui se dit prête à alimenter le débat en cas de feu vert gouvernemental.

"Morale puritaine"

"Il y a un refus très épais de l'Elysée et de Matignon d'aborder cette question, note Bertrand Lebeau, spécialiste de la toxicomanie à Médecins du monde. Il est absurde d'imaginer ce débat avant la présidentielle. Le seul moment propice serait le début du prochain quinquennat." Ce qui supposerait que le futur président soit convaincu de la nécessité de faire tomber cet interdit. "Jospin est complètement bloqué sur ce dossier", déplore Jean-Luc Bennahmias, secrétaire national des Verts. "Le problème, c'est cette morale puritaine, la conviction que la loi est une protection. Or, elle ne protège pas, c'est ça le vrai débat", analyse Anne Coppel, présidente de l'AFR.
"Le premier pas, c'est de faire la paix avec l'usager", confirme William Lowenstein, médecin spécialiste des addictions à l'hôpital Laennec.

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